RDC / ESU : Le syllabus, des racines des chiendents pour les étudiants et les parents. (Dossier)

RDC / ESU : Le syllabus, des racines des chiendents pour les étudiants et les parents. (Dossier)

RDC / ESU : Le syllabus, des racines des chiendents pour les étudiants et les parents. (Dossier)

Depuis quelques années, certains enseignants des institutions d’enseignement supérieur se sont lancés dans la vente des notes des cours, du syllabus. A ces notes des cours, s’ajoute ce que les enseignants appellent « le droit d’auteur ». A en croire un étudiant qui s’est confié à la rédaction de la RFM Tv,

« plusieurs enseignants conditionnent la participation aux enseignements pas l’achat du syllabus et le paiement du droit d’auteur ».

Selon nos investigations, les prix des notes des cours  oscilleraient entre dix et vingt milles francs congolais, et le droit d’auteur entre cinq et dix dollars américains.  Ce qui constituent une charge supplémentaire pour ce parent, rencontré par nos reporters, qui se plaint :

« ..presque chaque semaine, il y a un nouveau cours qui est introduit et pour lequel il faut payer le droit d’auteur et acheter le syllabus. A ce rythme, ces frais seront supérieurs aux frais académiques… »

Le syllabus (pluriel syllabi), dans le domaine de la pédagogie, se définit, selon Wikipédia,

« …comme le résumé du cours d’un enseignant. Il annonce le contenu du cours, avec son plan développé, mais aussi de multiples informations comme : le niveau pré-requis, le déroulement et l’organisation pratique, le nombre de crédits représentés, les coordonnées de l’enseignant, ou les modalités d’évaluation. À ce titre, il est à la fois un outil de réflexion préparatoire – en amont, pour l’enseignant et/ou l’organisme de formation – et un outil de communication – en aval, à destination des formés-, résumant le contrat pédagogique auquel s’engage un enseignant à propos d’un cours qu’il donne… »

Selon plusieurs personnes, l’usage du syllabus est une bonne chose car permettant aux enseignants et aux étudiants de bien dispenser le cours, pour les premiers, et de bien suivre le cours, pour les seconds. Mais ces atouts liés au syllabus perdent leurs valeurs au regard de la pratique dans nos institutions d’enseignement supérieur. Le syllabus devient une obligation pour assister aux cours.

D’ailleurs, il y a quelques semaines, l’actuel ministre de Ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), MUHINDO NZANGI, s’est attaqué à cette pratique qualifiée de « honteuse » par plusieurs, en interdisant la commercialisation de ses notes des cours.

Le Professeur Grison – Trésor KAKUMBI, professeur à l’université de Kisangani, pense que cette pratique dénigre l’enseignant. Pour lui, on ne peut demander de l’argent aux étudiants pour les notes des cours car, martèle – il, l’enseignant est déjà pris en charge par l’Etat congolais.

« … J’ai été assistant de plus de huit Professeurs à la fois dans toutes les institutions de l’ESU de la ville et de toutes les facultés de l’UNIKIS. Aujourd’hui Professeur, il y a des choses drôles à condamner fermement …chaque année, j’enseigne des étudiants travailleurs, débrouillards, gardien dans les sociétés de gardiennage, des journaliers pour payer les études et nourrir leur famille. C’est horrible. Il est clair que certains de nos collègues ont exagéré dans la torture des étudiants sur l’affaire syllabus et droit d’auteur.  Ils conditionnent beaucoup de choses sur fond d’argent. Pourtant ceux qui tiennent à cette mauvaise pratique, sont professeurs plus de 20 ans, touchant l’argent des professeurs contrairement à moi qui n’ai que trois ans… »

Ce point de vue du Professeur KAKUMBI est rejoint par celui de Christian Moussa, politologue indépendant vivant à Goma, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Il estime que c’est un système implanté pour des fins pécuniaires même si l’objectif premier pour lequel le syllabus aurait été inséré à l’université – comme support – n’était pas orienté vers ça.

« … mais la pratique observée pendant longtemps révèle que ça devient une source de se taper de l’argent. Il y a eu détournement de but, à tel enseigne que ça devient un commerce. D’où même les écoles primaires et secondaires ont été attirées par le goût du lucre procuré et ont vite emboîté les pas… »

Pour le politologue, Jean Pierre LIFOLI, professeur à l’Université de Kisangani, c’est le Gouvernement de la République, par le truchement du Ministre des universités, qui avait officialisé et institué le  » droit d’auteur » pour les cours. Même alors, il n’apprécie pas cette manière de faire de certains de ses collègues.

« …l’instruction académique existe. Comme c’est le Gouvernement qui a autorisé cette pratique décriée et s’est rendu compte que c’est une mauvaise décision et il corrige, où est le mal ? Nous devons reconnaître la responsabilité partagée entre les enseignants et le Gouvernement qui ont encouragé cette affaire de vente obligatoire des notes de cours. S’il y a encore ceux qui ne respectent pas la décision du Ministre, c’est à lui de faire appliquer sa décision, et tout le monde va se plier. C’est tout… »

Professeur Alphonse MAINDO MONGA NGONGA, politologue et ancien doyen de la faculté des sciences sociales administratives et politiques, FSSAP, de l’université de Kisangani, rejoint quasiment la définition du syllabus tel que donné par Wikipédia et explique ce  polycopié est un support pédagogique pour bien enseigner. Il relève, selon lui,  des devoirs de l’enseignant comme participer à des réunions, à des évaluations, diriger des travaux, donner des cours, etc. Donc, il n’est pas question d’en exiger un paiement additionnel.

« …dans beaucoup d’universités où j’ai presté, c’est le département qui les multiplient à la demande du professeur et les met gratuitement à la disposition des étudiants. Ici tout près de nous à Yaoundé, à l’UCAC, je l’ai fait pendant 3 ans ! Nous sommes en Afrique Centrale ! Je n’ai pas parlé de l’Europe ou des USA. Ne banalisons pas les mauvaises pratiques à cause de nos conditions de vie… », pense – t – il.

Pour ce savant, il y a un autre débat. C’est celui de la faillite de la société congolaise qui est corrompue jusqu’à la moelle épinière. Aucun secteur n’en est épargné.

« …comme dans la fable de la Fontaine, tous sont malades mais tous n’en meurent pas. C’est grâce à cette poignée des survivants que la société sera sauvée… », conclut – il.

Et au professeur Jean Pierre LIFOLI de reconnaître que tout le monde est conscient du caractère préjoratif de cette pratique de vente du syllabus. Il explique que beaucoup de ses collègues ont adhéré à la démarche du Ministère pour mettre fin à cette pratique. Mais comme  la décision est tombée en pleine année académique, certains qui avaient déjà imprimé pour vendre ne savaient plus ce qu’il fallait faire.

« …Justement, nous condamnons tous le caractère obligatoire de recouvrement. Malheureusement c’est le gouvernement de la République qui avait officialisé cette pratique en fixant les prix dans une instruction académique. C’est à partir de ce moment là que la pratique s’est généralisée et le recouvrement forcé autorisé par le ministère. Maintenant que le Ministre revient sur sa décision – la décision de ses prédécesseurs -, les choses vont changer. Cependant le changement c’est un processus. L’année académique prochaine, on sera très avancé dans l’abandon. Je pense à mon avis que ce sont plutôt les méthodes de recouvrement forcées face à l’inconscience de certains étudiants qui constituent une déviation. Donc, plus d’objectif pédagogique pour ce document… »

Cependant, il y a certaines institutiosn d’enseignement supérieur qui ont combattu cette pratique. Dans ces institutions rares, les imprimés des cours ne se vendent et les étudiants ne se plaignent. Cela n’empêche pas une bonne qualité des enseignements dispensés. C’est le cas de l’Université Mariste de Kisangani.

Méthodes de recouvrement, pratique de la honte, autorisé par le ministère ou pas, plusieurs condamnent cette pratique et la dernière décision du ministre de tutelle, celle de mettre fin à la vente des imprimés des cours, est saluée par tous. Espérons que les enseignants abandonneront ce que plus d’une personne qualifie de « pratique de la honte ».

La Rédaction.

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